L’économie du plaisir : comment une nouvelle approche des politiques de drogues pourrait économiser des millions

Une réflexion sur les coûts réels des politiques répressives et les bénéfices potentiels d’une approche centrée sur la maximisation des bienfaits permettrait de repenser les politiques « drogues », c’est ce qu’avancent plusieurs spécialistes dans un article de Forbes et leurs publications scientifiques.

Les politiques actuelles de lutte contre les drogues représentent un coût économique colossal – 193 milliards de dollars annuels rien qu’aux États-Unis – sans réduire significativement la consommation. En outre, il existe un angle mort majeur : les personnes ne consomment pas seulement en raison des traumatismes, de la pauvreté ou de pathologies. Elles le font aussi parce que cela leur fait du bien et recherchent plaisir, connexion ou sentiment d’appartenance.

Face à ce constat, des chercheur·ses et professionnel·les introduisent une idée pragmatique : et si les politiques de drogues partaient non pas de la peur, mais du plaisir ? Cette approche n’est pas nouvelle : les pratiques ancestrales d’Amérique latine et d’ailleurs utilisaient déjà les plantes psychoactives pour favoriser la vision et la connexion dans un cadre socialement défini.

Un constat frappant émerge des données de l’ONU : plus de 83% des personnes qui consomment des drogues illégales le font sans développer de problématiques. Cette majorité a besoin d’informations adaptées et de services qui n’exigent pas l’abstinence. Même pour l’injection, une revue systématique de Guise et collègues (2017) analysant 41 études révèle que les choix de consommation relèvent rarement du seul désespoir : les personnes cherchent le plaisir, l’appartenance sociale et développent des stratégies pour faire face aux traumatismes.

Actuellement, les gouvernements investissent massivement dans la répression. Ces investissements échouent à réduire la consommation et aggravent les coûts par la stigmatisation. « Le véritable coût de la consommation de drogues n’est pas que les personnes recherchent le plaisir, mais que les politiques continuent de l’ignorer. »

Le cadre MCBM et autres nouvelles stratégies

Daniel Bear et ses collègues proposent le cadre MCBM (Mindful Consumption and Benefit Maximization). Cette approche critique constructivement la réduction des risques traditionnelle qui néglige les bénéfices potentiels. Elle part d’une question fondamentale : pourquoi les personnes consomment-elles et comment réduire les risques tout en préservant les bénéfices ?

Cette reconnaissance du plaisir n’est pas théorique. À Brooklyn, des travailleur·ses de la vie nocturne équilibrent soigneusement les substances. Au Mexique (comme chez nous), les services de drug checking montrent que reconnaître le plaisir réduit les surdoses.

En complément, trois piliers stratégiques se distinguent : la consommation réfléchie (intégrer les concepts dans l’éducation), les espaces communautaires (soutenir des environnements plus sûrs) et les messages adaptés (reconnaître que les motivations diffèrent selon le contexte).

Selon la Drug Policy Alliance : « la réduction des risques a été créée par des personnes qui consomment pour se protéger mutuellement… maximiser le plaisir tout en réduisant les risques devrait être une partie clé du travail. »

À Francfort, Duncan et ses collègues ont documenté comment les salles de consommation supervisée créent non seulement des conditions plus sûres, mais aussi de nouveaux types de « plaisir » : sécurité, dignité et sentiment d’appartenance. Ces espaces montrent que plaisir et sécurité peuvent coexister, remettant en question l’idée que la consommation de drogues ne peut être qu’une source de problèmes.

Cette approche s’inscrit dans un changement paradigmatique plus large : en 2025, la Colombie a obtenu pour la première fois une révision indépendante des traités de contrôle des drogues à l’ONU, ouvrant la porte à des politiques plus humaines et économiquement viables.