Addiction

Pour le GREA, l’addiction est la perte de l’autonomie du sujet par rapport à un produit ou un comportement. Elle se caractérise par la souffrance de la personne et des changements de son rapport au monde.

Notre définition :

Pour le GREA, l’addiction est la perte de l’autonomie du sujet par rapport à un produit ou un comportement. Elle se caractérise par la souffrance de la personne et des changements de son rapport au monde.

L’addiction résulte d’une interaction entre une personne, des produits et un contexte. Elle ne se résume pas à un problème individuel mais concerne l’ensemble de la société. C’est pourquoi la politique des dépendances concerne tous les domaines de la politique. Elle fait la promotion de bonnes conditions de vie et soutient l’autonomie des individus.

 

Attention aux abus…de langage

La personne confrontée à des problèmes d'addiction est une personne dont la consommation de produits psychotropes et/ou les conduites compulsives (jeux, web, etc.) ont atteint un seuil qui ne lui permet plus d'être autonome face à son projet de vie et à ses relations sociales. Le GREA différencie les notions de consommation, d'abus et de dépendance, notamment pour éviter de stigmatiser la consommation récréative modérée et contrôlée de substances psychotropes qui ne pose pas de problème particulier.

Il existe aujoud’hui une tendance à user et abuser du terme d’addiction pour caractériser des comportements qui, à notre sens, ne sont pas forcément problématiques. En effet, il nous paraît difficile de parler d’addiction lorsqu’une consommation ou une conduite ne s’accompagne pas d’une souffrance et/ou d’une perte d’autonomie.  En d’autres termes, boire régulièrement un bon verre de vin ou passer deux heures par jour devant des jeux vidéos n’est pas forcément synonyme d’addiction.

 

Addiction vs dépendance

La dépendance correspond à une approche médicale, basée sur des critères diagnostics. Elle s’intéresse aux symptômes, aux éléments tangibles, objectifs et catégorisables.

Le concept d’addiction propose une vision plus large et s’intéresse à la relation d’ensemble entre l’individu et le produit/comportement. Avec l’addiction, on s’intéresse à la nature de cette relation, dans une approche qualitative. Il s’agit de déterminer quelle est la part de souffrance et d’aliénation dans le rapport que l’individu entretient avec l’objet de sa dépendance. Plus axé sur les dynamiques comportementales, le concept d’addiction s’intéresse aussi, du point de vue des neurosciences, à la mémoire et au système de récompense du cerveau.

 Le circuit de la récompense par Jean Pol Tassin

L’approche bio-psycho-sociale d’Olivenstein

Le psychiatre français Claude Olivenstein est à l’origine des conceptions contemporaines de l’addiction en proposant, dès 1970, un modèle dit bio-psycho-social. Dans ses travaux sur les drogues, Olivenstein explique : « La toxicomanie surgit à un triple carrefour : celui d’un produit, d’un moment socioculturel et d’une personnalité. Ce sont là trois dimensions également constitutives. » (Claude Olivenstein, La drogue ou la vie, Paris, Robert Laffont, 1983.)

Cette approche triangulaire renouvelle complètement la manière de penser les addictions qui était alors axée pour l’essentiel sur le produit et l’individu. Elle donne pour la première fois un rôle explicatif déterminant au contexte socio-culturel. Cela n’a plus été remis en cause depuis.

 

L’apport des neurosciences

Au cours des dix dernières années, grâce notamment à l’essor de l’imagerie cérébrale,les progrès des neurosciences ont permis de découvrir et de comprendre certaines modifications du fonctionnement du cerveau lors de la consommation de substances additives. La recherche montre que la consommation de psychotropes affecte la neurotransmission et les interactions au sein des circuits de récompense du cerveau, conduisant à des comportements de dépendance qui supplantent les comportements antérieurs. La dépendance est donc notamment le produit de mécanismes adaptifs du cerveau face à l’action de psychotropes. L’addiction est quant à elle, entre autres, un phénomène lié à des mécanismes de plasticité du cerveau qui génère des processus puissants d’apprentissage. Ces progrès scientifiques ouvrent de nouvelles perspectives en termes de traitement pour inciter le cerveau à « désapprendre » notamment via les moyens pharmacologiques et les thérapies comportementales.

Pour tout savoir des neurosciences de l’addiction, téléchargez la brochure du Collège romand des médecines de l’addiction

 

Les mots clés

  • Sevrage

 Le sevrage désigne l’arrêt de la consommation d’un produit psychoactif. Il peut être brutal ou progressif et s’accompagne souvent d’un malaise physique et/ou psychique lié au syndrome de manque. C’est pourquoi il s'opère, selon les cas, en milieu hospitalier ou en ambulatoire. 

  • Manque

Désigne les sensations de douleur psychologiques ou physiques qu’éprouve une personne dépendante d’un produit psychoactif lorsque elle arrête de consommer. On le désigne aussi par syndrome de sevrage.

  •  Substitution

Modalité de traitement neurobiologique d'un sujet pharmacodépendant, reposant sur l'administration d'un médicament (méthadone, buprénorphine, LAAM chez le consommateur d’héroine ou nicotine chez le fumeur) qui a une activité pharmacologique similaire à celle de la substance psychoactive à l'origine de la dépendance. L’objectif de la substitution est de contrer les symptômes de manque et de permettre ainsi à l’usager de retrouver progressivement une autonomie dans son projet de vie.

  • Craving

Désir irrépressible et violent d'utiliser une substance addictive surgissant parfois longtemps après le sevrage et une période d'abstinence prolongée.

 

Les critères de l’OMS (CIM-10)

L’OMS ne parle pas d’addiction mais de dépendance et établi une liste de critères dans la CIM-10 (Classification internationale des maladies). A quelques nuances près, cette définition et les critères de dépendance sont similaires dans le DSM IV (Manuel statistique de la psychiatrie américaine).

Le syndrome de dépendance selon la CIM-10 :

Ensemble de phénomènes comportementaux, cognitifs et physiologiques dans lesquels l'utilisation d’une substance psycho-active spécifique ou d’une catégorie de substances entraine un désinvestissement progressif des autres activités. La caractéristique essentielle du syndrome de dépendance consiste en un désir (souvent puissant, parfois compulsif) de consommer la substance. Au cours des rechutes, c'est-à-dire après une période d’abstinence, le syndrome de dépendance peut se réinstaller beaucoup plus rapidement qu’initialement.

Pour un diagnostic de certitude, au moins trois des manifestations suivantes doivent habituellement avoir été présentes en même temps au cours de la dernière année :

  • un désir compulsif de consommer le produit.
  • des difficultés à contrôler la consommation.
  • l'apparition d'un syndrome de sevrage en cas d'arrêt ou de diminution des doses ou une prise du produit pour éviter un syndrome de sevrage.
  • une tolérance aux effets (augmentation des doses pour obtenir un effet similaire).
  • un désintérêt global pour tout ce qui ne concerne pas le produit ou sa recherche.
  • une poursuite de la consommation malgré la conscience des problèmes qu'elle engendre.

Téléchargez la Classification internationale des maladies

La classification de l’association américaine de psychiatrie (DSM-IV) propose aussi des critéres diagnositques de la dépendance. Assez proche du CIM-10 sur ce point, cette classification est elle aussi souvent utilisée dans le travail sur les addictions.

 

L’auto-évaluation

Il existe plusieurs possibilités de procéder à une autoévaluation afin de déterminer si sa consommation personnelle est problématique. Ainsi les critères diagnostic de la CIM-10 constituent un indicateur pertinent. On peut parler de dépendance lorsque trois d’entre-eux se manifestent durant au moins une année. En outre, internet regorge de « tests de dépendance » qui permettent de s’évaluer en quelques minutes. Attention toutefois, les résultats de ces tests ne sont qu’indicatifs et ne remplacent en aucun cas le diagnostic d’un professionnel

 Les tests en ligne sur le site d’Addiction Valais